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 introduction à la chimie clandestine

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P4kreiT
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MessageSujet: introduction à la chimie clandestine   Mer 24 Oct - 20:44

Dans l'imaginaire populaire, le milieu de la chimie clandestine est un paysage ennuyeux et monotone parsemé d'étendues de solvants, de gamma-butyrolactone et de promontoires rocheux constitués du résidu issu de la réduction de pseudoéphédrine. Mais il existe des chimistes en herbe solitaires, des bricoleurs et des scientifiques en peignoir en velours qui cherchent à étendre le champ de la conception et de l'utilisation des drogues psychotropes de synthèse. Ils ont bien souvent payé de leur liberté leur implication dans le répugnant mariage de corps nucléophiles et électrophiles. J'ai réalisé l'interview ci-dessous avec un ami à moi, qui se trouve être un chimiste clandestin et dont la curiosité pour les molécules interdites par la loi l'a conduit à passer pas mal de temps dans un cachot.

VICE : Je voulais te parler de la chimie clandestine et des conditions de travail lorsqu'on se cache au fond d'une cave. Quand as-tu débuté ?
Chimiste anonyme : Au début des années 1990, il y avait une vraie profusion d'informations sur les psychotropes. On pouvait voir des gens comme Terence McKenna se pavaner avec un tee-shirt sur lequel on pouvait lire DMT. Il passait son temps à raconter des conneries sur la salvia sans que personne ne sache vraiment où pécho de la salvia ou de la DMT. C’était chaud de se rendre à un concert de Grateful Dead ou dans une rave – qui étaient des scènes qui craignaient vraiment – pour aller se procurer des drogues rares, mais on n'avait pas vraiment le choix. Certains ingrédients étaient facilement accessibles dans le commerce via des chaînes de magasins qui distribuaient des produits chimiques mais la plupart des phényléthylamines étaient très difficiles, sinon impossibles à dégoter.

J'étais un môme accro aux sciences, je me laissais simplement porter par ma curiosité. La première fois que je me suis essayé à la synthèse d'une substance, c'était de la DMT. En y repensant, c'était assez insignifiant, mais à l'époque, la DMT était totalement introuvable. J'ai étudié les différentes techniques de synthèse et j'ai décidé d'emprunter un chemin traditionnel en travaillant avec l'indole, mais ma première tentative de synthèse de DMT s'est soldée par un échec cuisant : l'indole pue littéralement la merde et l'odeur avait envahi tout le bâtiment dans lequel je vivais. Mais ça, c'était bien avant que toute cette paranoïa relative à la meth ne prenne l'ampleur qu'on lui connaît aujourd'hui ; du coup, même si ton appartement puait la merde et le solvant, ça ne déclenchait pas d’alarme et tu pouvais rester tranquille. Au moment où j'ai enfin maîtrisé la production de la DMT, j'avais accumulé assez de connaissances pour me lancer dans la synthèse d'une palette de substances bien plus large. Ça devait être en 1993 et la MDMA connaissait son âge d'or – ça correspond au moment où les raves étaient à leur apogée. Lorsque j'ai débuté, mon activité était une sorte de passe-temps onéreux, et tout ce que je produisais, je le refilais gratis. Ce n'était pas rentable sur le long terme. Par conséquent je me suis mis à dealer de la dope pour assurer mes arrières, financièrement.

Qu'est-ce qui te motivait dans la distribution de larges quantités de dope ?
Trop souvent les chimistes tiennent un discours de messies à la con. Ma motivation était claire, je souhaitais tester des drogues rares. J'ai commencé par la MDMA puis je suis passé à la DOM, la mescaline et la 2C-B et autres. J’ai vraiment trippé à observer les répercussions de l'introduction de ces produits sur le marché, de voir la curiosité se dessiner sur le visage des gens – aussi, ça a été ma principale source de revenus pendant sept ans.

C'est intéressant de voir à quel point la situation a changé. De nos jours, on peut se procurer ces drogues sans bouger le petit doigt, mais les noms des chimistes qui les ont synthétisé est un secret bien gardé.
C'est juste différent. À l'époque, pour choper n'importe quel substitut de benzaldéhyde, c’était un bordel pas possible. De nos jours, certaines choses ont radicalement changé : à l'époque on pouvait s'acheter un baril de 200 litres de camphre 1070 ou d'huile d'ocotea pour 3 000 dollars. Aujourd'hui c’est impensable. Je ne dirais pas que c'est plus facile ou plus difficile, c'est juste différent et la situation est en perpétuelle évolution.

Par exemple, en 1998, je faisais partie d'un groupe qui tentait de répliquer certains des composés thiols de Shulgin plus connus sous le nom de 2C-T. Ils étaient beaucoup plus difficiles à obtenir que les benzaldéhydes standards et la difficulté était telle qu'on n’y arrivait pas. Finalement un groupe de chimistes et d'investisseurs individuels ont mis des fonds en commun et ont confié à un laboratoire polonais la tâche de produire un kilo de 2C-T-7. Les frais se sont avérés ridiculement élevés et cette entreprise est apparue comme une expérience extrême. À ma connaissance, cet effort collectif a été le premier exemple d'une tentative d'introduction d'une drogue de synthèse sur le marché gris par les consommateurs eux-mêmes. Moins de deux ans plus tard, la drogue a pris son envol et est apparue en Hollande sous l'appellation Blue Mystic et sous forme pure aux États-Unis. La 2C-T-7 est l'un des premiers exemples des résultats qui peuvent être obtenus par la recherche chimique clandestine dans le sens où c'était une drogue sur mesure taillée pour contourner les lois préexistantes. Je pense que sa popularité venait de sa rareté et de la difficulté que chacun rencontrait pour la produire dans un laboratoire clandestin.

À cette époque, le Net servait à propager les connaissances et les techniques nécessaires à la production de dope, la priorité n'était pas de diffuser la drogue à proprement parler.
Ça a débuté dans les années 1990, il y avait tout un tas de forums sur lesquels les chimistes pouvaient parler de leur travail. L'une des conséquences de ces discussions a été que de nombreuses expériences de synthèse ont été traduites en anglais simple que tout le monde pouvait comprendre. Pour les gens qui n'ont jamais reçu de formation en chimie organique, la terminologie présente dans les titres spécialisés est tellement complexe qu'elle en devient une langue à part entière. PiHKAL a simplifié les choses parce que Shulgin s'exprime dans un langage proche de celui d'un mec lambda. Les discussions sur le Net ont franchi une étape supplémentaire, la conséquence a été qu'un nombre grandissant de personnes ont décidé de se frotter à la synthèse du MDMA.

La biologiste Eva Harris a décrit dans un livre une technique simple qui permet aux habitants des pays en voie de développement de réaliser une réaction en chaîne par polymérisation (PCR) grâce à un thermocycleur fonctionnant manuellement. Ce qui m'a frappé en lisant ce livre, c'est qu'elle a été à la génétique ce que les chimistes clandestins ont été pour la synthèse des amphétamines. Ils partagent un désir de simplification, d'accessibilité et veulent apporter des technologies simples aux personnes qui en ont besoin.
Je me suis servi de l'argent gagné grâce à mon travail pour pouvoir m'équiper correctement mais mes meilleurs souvenirs sont ceux de mes débuts. J'essayais d’obtenir des résultats extraordinaires avec des outils ordinaires. Tout le monde tentait de réduire de l'aluminium par amalgame, de faire des réductions de tétrahydruroaluminate de lithium et c'est tout. Il y avait cette légende urbaine qui courait dans les labos de meth et qui disait que des bikers avaient utilisé un fût d'aluminium qu'ils avaient rempli de méthylamine et de phénylacétone qu'ils avaient ensuite balancé dans une rivière pour éviter qu'il n'explose. C'était sûrement des conneries mais des mecs y ont cru et ont commencé à utiliser des fûts de 200 litres en Téflon comme récipients destinés aux réactions chimiques provoquées lors de la réduction de la MD-phénylacétone et du nitrométhane. C'est une réaction violente qu'on obtient avec quasiment rien. Ils balançaient un kilo de produit dans le fût, retiraient la valve de pression en espérant que tout se passe bien ! Tout le monde travaillait avec un matériel artisanal.

Je peux comprendre l'importance de l’improvisation mais sans matériel de mesure, on travaille à l'aveugle. Travailler sans le matériel approprié revient à revenir cent ans en arrière.
Même dans les laboratoires des universités, il était difficile de mesurer les quantités. Ces substances chimiques n'étaient pas référencées, en particulier les phényléthylamines. On y allait vraiment au pif. Je ne me servais que de chromatographie à couche mince pour mesurer les réactions des substances avec lesquelles je travaillais, je me servais ensuite du point de fusion du produit obtenu pour m'aiguiller. Et bizarrement, le seul moment où j'ai entrevu la véritable valeur chimique des substances que j'avais produites a été mon arrestation. Même si on m’ôtait la liberté, j'ai été émerveillé par les conclusions de la police scientifique.

Quelles-ont été les charges retenues contre toi ?
Le premier chef d'accusation a été la production artisanale de méthamphétamine. Pour des raisons que je n'expliquerai pas, je n'ai pas été arrêté lors de la perquisition de la police, je me suis donc enfui à l'étranger et j'ai attendu le rapport de la police scientifique. J'ai été condamné par contumace pour la synthèse de méthamphétamine parce que c'était le seul procédé que connaissaient les flics. Ils ont été complètement déconcertés par ce qu'ils ont découvert dans mon laboratoire. La 2C-I que je fabriquais leur était inconnue. Ils ont cru dur comme fer que c'était de la méthamphétamine et ils étaient bien décidés à le prouver. Les accusations ont couru pendant une bonne partie de l'année. À un moment donné, mon avocat et moi, nous nous sommes dit : « On va accepter les accusations relatives à la meth, on peut se battre contre elles. » Les analyses ont prouvé la présence de méthamphétamine mais les stups savaient qu'il y avait anguille sous roche. Ils ont eu recours aux services d'une société privée pour détecter des traces d'autres substances interdites. Ces mecs ont tout fouillé de fond en comble. Ils ont même examiné la composition de la peinture des murs de mon laboratoire. Ils ont ensuite dévoilé une possible piste « synthétique » basée sur leurs découvertes. Honnêtement, ils ont mis dans le mille. Quand j'étais à l'étranger, j'espérais presque qu'ils repartent bredouilles mais ils ne m'ont pas laissé l'ombre d'une chance !

Qu'est-ce qu'ils ont découvert ?
Le seul truc qu'ils n'ont pas trouvé, ça a été de la méthamphétamine. J'ai bien fait attention à ne pas garder de grosses quantités de tout ce qui pouvait être interdit, mes installations formaient un joli petit labo de chimie organique bien pourvu en matériel. Je pense qu'ils ont continué les poursuites à cause de la 2C-C parce que c'était le seul produit présent en quantités suffisantes pour maintenir des chefs d'accusation viables au vu du code pénal. Je menais des expériences diverses pour réussir à chlorer la 2C-H. La méthode initiale découverte par Shulgin était un peu bordélique et son rendement était faible. J’utilisais du chlorure de sulfuryle qui permettait d'obtenir un bien meilleur rendement mais qui me posait un problème parce que j'avais du mal à séparer les impuretés polychlorées du substrat obtenu après la distillation. Ma solution a été de chlorer du benzaldéhyde, ce qui facilitait la séparation. C'était cool de regarder le rapport portant sur feu mon laboratoire et voir ce qu'il en était ressorti. J'ai même reçu une carte de remerciement de la part de la police scientifique parce que je leur avais donné l'opportunité mener l'une des enquêtes les plus passionnantes de toute leur carrière.

Félicitations, ouais ! Quel rôle leur rapport a-t-il joué au tribunal ?
Un jury de personnes du même milieu n'est pas forcément la meilleure des choses, et apparemment mes pairs ne sont pas des lumières. Tout ce que le procureur a eu à faire, c'était d'attirer l'attention sur l'équipement du laboratoire ainsi que sur les substances chimiques qui avaient été trouvées chez moi, et de parler de la tragédie de la consommation épidémique de meth, et j’étais baisé. C'est incroyable de voir à quel point tout ça marche sur la tête. Ils prétendaient que les intermédiaires réactionnels de ma 2C-C étaient du 2C-B dont ils n'ont pas trouvé un seul nanogramme dans mon laboratoire. On a essayé de démontrer que les deux composés contenaient chacun un halogène différent mais ils ont levé les yeux au ciels en disant : « Encore un fois, vous utilisez ce charabia de chimiste. » J'ai dû plaider coupable. C'était comme si j’avais un verger de pommiers et qu’on m’accusait de posséder une orangeraie illégale. J'ai écopé de seulement quelques années. J'ai probablement eu de la chance.

Ouais probablement. Et comment ça s’est passé avec tes codétenus ?
Quand j'étais en prison il m'a été plus facile de mentir et de sortir : « Je cuisinais de la meth. » C'était tellement plus simple que d'essayer de m'expliquer en disant : « Je travaillais au développement d'un nouveau type de psychotrope hallucinogène à partir de phényléthylamines. » D'autres détenus venaient me voir pour me parler de chimie et tous ces mecs qui soi-disant cuisinent de la meth te bombardent de toutes leurs théories par rapport à des synthèses sur lesquelles ils travaillent. Dans ce genre de situation, t'essaies même pas de débattre et tu dis : « Ouais je faisais ça aussi. »

Après être sorti de prison, comment t'es-tu réconcilié avec la chimie ? C'est rare, mais certaines personnes impliquées dans la chimie clandestine deviennent professeurs d'université par la suite.
Quand tu trouves le moyen de transformer le mercure en or, c'est assez dur de l’oublier. De la même manière qu'on n'oublie jamais comment faire du vélo, on n'oublie pas comment synthétiser du MDMA. Bien sûr, c'est un cercle vicieux : lorsqu'on est libéré après avoir purgé sa peine, cette source de revenus – bien qu'illégale – présente encore plus d’attraits parce qu'on est inemployable. C'est une merde monstre de remplacer tous ses composés chimiques et son matériel, mais ce n'est rien en comparaison avec le fait de se mettre à la chimie organique.

Qu'est-ce que tu as fait quand tu as été libéré ?
Lorsque j'étais en prison, le marché a changé du tout au tout, et j’ai découvert que mon boulot avait été délocalisé en Chine. Lorsque j'ai réintégré la société civile, je ne reconnaissais plus rien. J'étais sur le cul. Le marché de la recherche chimique avait fait un bond en avant. L'apparition de la méphédrone seule avait attiré l'attention de l’opinion sur ces pratiques. En y repensant, cette époque reculée des phényléthylamines semble auréolée d'un charme tout particulier, désuet. Aujourd'hui la communauté est fragmentée. Il reste bien des poches d'activité ici et là mais la demande initiale pour ces produits n'existe plus. Je suis perplexe quant à l'accessibilité accrue de certaines substances chimiques. Dans les circonstances actuelles, je ne serais peut-être jamais devenu chimiste. La moitié des composés chimiques qui ont attisé mon intérêt et qui m'ont poussé à me plonger dans des livres de chimie peuvent être achetés sur internet avec une simple carte bancaire. Étrangement, c'est à cause du marché de la recherche chimique que des milliers de chimistes clandestins se sont retrouvés au « chômage » aux États-Unis. Je ne peux pas affronter la Chine, je suis une victime de plus de la mondialisation !

Et tu comptes faire quoi maintenant ?
La chimie m’intéresse toujours autant. La distillation de parfum me passionne depuis quelque temps, donc ouais peut-être que je vais m'orienter vers la parfumerie.

Source: http://www.vice.com/fr/read/chloration-criminelle
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